Dépression Monica : précipitations abondantes dans le sud-est de la France

Du 9 au 10 au mars 2024, un épisode de pluies abondantes a touché le sud-est de la France, engendrant par endroits crues et inondations. Les épisodes méditerranéens et cévenols se rencontrent habituellement à l'automne. Sur une partie des Cévennes et aux abords, ainsi que dans le Var, les cumuls de pluie ont souvent excédé 100 mm. En montagne, de fortes chutes de neige ont été observées à partir de 1000 m d'altitude. Le vent a par ailleurs soufflé violemment du Massif central aux Alpes.

Figure 1 - Neige au Ventoux et crue de l'Ardèche.

La situation météorologique à l'échelle synoptique le 9 mars 2024 est caractérisée par une dépression centrée dans le golfe de Gascogne, nommée Monica. Cette anomalie cyclonique est associée à une rivière atmosphérique modérée en Méditerranée occidentale, entre le nord du Maroc et le golfe du Lion (figure 2), et induit sur la France un courant de sud apportant de l'humidité.

Figure 2 - Transport de vapeur d'eau intégré (couleurs, vecteurs) et géopotentiel à 700 hPa (isohypses en noir) le 9 mars 2024 à 18 h UTC. Crédit : Alicia M. Bentley.
 

En haute troposphère (figure 3), un courant-jet circule au sud de la péninsule Ibérique, où le très faible espacement entre les isohypses indique bien un gradient de pression très élevé. En aval de la dépression, l'écoulement présente une diffluence marquée dans la région de sortie du courant-jet. La divergence du vent en altitude force des mouvements ascendants au sud de la France.

Figure 3 - Image WV le 9 mars 2024 à 18 h UTC, géopotentiel et vent (barbules) à 300 hPa. Source : EUMeTrain, données ECMWF.  
 

Dans les niveaux inférieurs, de l'air relativement chaud et humide remonte depuis la mer Méditerranée par vent de sud à sud-est. La température potentielle équivalente reste modérée, mais le vent est particulièrement fort (figure 4). Un jet de basses couches marqué de composante sud souffle dans le golfe du Lion. L'écoulement est fortement influencé par le relief. En particulier, l'air doit contourner les Alpes et les Pyrénées, tandis que le Massif central a un effet de barrage. Il en résulte une confluence et une convergence de basses couches, à l'origine de mouvements ascendants, de nuages et de précipitations.

Figure 4 - Image IR le 9 mars 2024 à 18 h UTC, theta-E et vent (barbules) à 950 hPa, vitesse verticale à 850 hPa (omega < 0 en rouge). Source : EUMeTrain, données ECMWF.
 

L'épisode pluvieux a débuté le 9 mars en matinée, les pluies cévenoles se sont atténuées dans le courant de la nuit du 9 au 10 mars. Sur la durée de l'événement, les cumuls de précipitations ont souvent dépassé 100 mm (figure 5) et ont atteint plus de 200 mm en Ardèche. Sur une période de 48 heures, il est tombé plus de 300 mm d'eau à La Souche. Les accumulations d'eau les plus importantes ont été observées sur les contreforts cévenols ardéchois (> 140 mm en 24 h), où les pluies ont pu s'intensifier par effet orographique. Il a par ailleurs plu abondamment dans le Var et les Alpes-Maritimes.

Figure 5 - Cumuls de précipitations sur 24 h le 9 mars 2024.

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