Tempête Diego


La tempête Diego s'est formée sur l'Atlantique le jeudi 7 avril 2022. Elle a balayé la France le lendemain, occasionnant à son passage des vents violents, des pluies abondantes et des chutes de neige. Sur l'image masse d'air RGB dans la nuit du 7 au 8 avril, on identifie aisément la perturbation synoptique sur le proche Atlantique. Le système évolue dans un environnement barocline, entre une masse d'air froid polaire (tons pourpres) et une masse d'air plus chaud aux latitudes inférieures. La flèche blanche ajoutée pointe vers l'anomalie positive de vorticité potentielle liée au rapide du courant-jet, où l'air stratosphérique s'enfonce dans la troposphère. Cette zone apparaît très nettement en rouge.


Composition colorée masse d'air RGB le 08/04/22 à 00 h UTC (source EUMeTrain)


La dépression ne s'est pas significativement creusée, la pression est descendue à environ 992 hPa au centre. Les cyclogenèses rapides se produisent dans des contextes fortement baroclines et lorsque le tourbillon de surface interagit efficacement avec une anomalie cyclonique d'altitude située juste en amont, de sorte que le tourbillon s'amplifie par étirement. Dans le cas de la tempête Diego, on peut noter que l'anomalie basse de tropopause - repérable ci-dessous via le champ de pression à la surface 1,5 PVU superposé à l'image WV - s'est dès le début de nuit retrouvée en aval du maximum de tourbillon en basses couches. Or un tel déphasage conduit à l'atténuation du tourbillon cyclonique. 


Vorticité relative à 950 hPa (cyan), pression à la surface 1,5 PVU (rose), barbules de vent à 300 hPa et imagerie WV le 08/04/22 à 03 h UTC (source EUMeTrain)


Néanmoins, un gradient de pression élevé existait entre ce minimum dépressionnaire et l'anticyclone des Açores. La dépression Diego a traversé la France d'ouest en est. Sur la figure suivante est représenté le champ de pression réduite au niveau de la mer en fin de journée du 8 avril. Le faible espacement entre les isobares traduit effectivement un fort gradient de pression sur les régions centrales du pays, à l'origine de vents violents. Il a par exemple été relevé 110 km/h à Bourges, 129 km/h à Clermont-Ferrand et 173 km/h au Markstein sur les crêtes vosgiennes.


Pression réduite au niveau de la mer (isobares en noir), isohypses à 850 hPa (cyan), theta-E à 850 hPa (isentropes en bleu/rouge) et imagerie IR le 08/04/22 à 18 h UTC (source EUMeTrain)


La configuration des isentropes par rapport aux isohypses à 850 hPa à l'ouest et au sud-ouest du système indique une advection froide : le vent fort de secteur ouest apporte de l'air froid. On identifie une région de fort gradient thermique au nord immédiat du thalweg de surface, entre l'Ile-de-France et le nord de la Lorraine, indiquant un front associé à des nuages denses visibles sur l'image infrarouge. La perturbation a engendré des précipitations soutenues l'après-midi et le soir de la Normandie à l'Alsace. Les cumuls d'eau ont souvent atteint 20 à 50 mm. 

Des orages ont par ailleurs éclaté le long de la zone frontale, dans un environnement qui n'était que modérément instable pour la convection profonde - la MUCAPE a pu atteindre quelques centaines de J/kg par endroits - mais était très dynamique (ascendances forcées, cisaillement de vent marqué, SREH élevée en basses couches). Un orage fort a en particulier touché les environs de Saint-Dizier peu après 16 h locale, donnant de la grêle. 

Des chutes de neige ont été observées, apportant jusqu'à plusieurs centimètres localement. Il a notamment neigé le soir en Lorraine, à Metz puis Nancy où la température est passée de 12 °C à 1 °C entre 19 h et 23 h locale.

Voici un profil vertical prévu à Metz par AROME à 22 h locale. Le profil est saturé et la température est négative sur toute la colonne, excepté en surface. Dans un nuage, la croissance des cristaux de glace est optimale à des températures comprises entre -20 °C et -10 °C environ, ici vers 4-5 km d'altitude. L'évolution temporelle du profil n'est pas montrée, mais l'advection froide en fin de soirée implique un décalage graduel de la courbe d'état vers la gauche en basses couches (~ 900-700 hPa). Entre la surface et 1 km d'altitude, le modèle simule une couche isotherme à 0 °C, probablement liée au processus de refroidissement de l'air dû à la fonte des flocons de neige au cours de leur chute, phénomène appelé "neige par isothermie". La limite pluie-neige se situe en plaine (Tw ~ 1 °C en surface).


Profil vertical de température et d'humidité à Metz le 08/04/22 à 20 h UTC simulé par le modèle AROME de Météo-France (source Météociel)


La neige tient temporairement en Meurthe-et-Moselle


Alors qu'un thalweg d'échelle synoptique s'enfonce en Europe de l'Ouest, l'imagerie révèle un phénomène intéressant du côté anticyclonique du courant-jet d'ouest : des nuages orographiques sous le vent du Massif central, de la montagne Corse et des Apennins, ainsi qu'à l'est de l'Espagne. Sur une animation satellite, ces nuages apparaissent plus ou moins stationnaires. Un article avait été publié en début d'année au sujet d'ondes orographiques dans les régions méditerranéennes. En fonction des conditions atmosphériques (stabilité statique et vent), un relief peut donner naissance à deux grands types d'ondes. Les ondes piégées, si l'humidité est suffisante, sont à l'origine de nuages lenticulaires disposés en bandes parallèles à la chaîne montagneuse et perpendiculaires au vent. Dans l'étude de cas présente, il s'agit de nuages d'altitude résultant d'ondes se propageant verticalement. Les nuages s'étendent ici sur près de 200 km de distance en aval du relief qui leur a donné naissance.


Image infrarouge le 08/04/22 à 21 h UTC (source EUMeTrain)


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