Chaleur et dégradation orageuse par l'ouest

A l'échelle synoptique, l'Europe est ce mardi 7/09 dans une situation de blocage de type omega, qu'on peut mettre en évidence sur une carte du géopotentiel à 500 hPa. La circulation zonale est rejetée entre 60 et 70 degrés de latitude nord, une dorsale anticyclonique s'étire sur l'Europe occidentale, à l'est d'une goutte froide gagnant le proche Atlantique.

 

Géopotentiel à 500 hPa et PMER. Source : Tropical Tidbits.


Cette configuration permet une remontée d'air très chaud subtropical sur la France. Les températures sont particulièrement élevées dans l'ouest pour la période de l'année où des records de chaleur ont été franchis. On peut citer entre autres les valeurs de 36,5 °C et 31,5 °C relevées respectivement à Biscarosse dans les Landes et à l'Ile de Groix dans le Morbihan lundi après-midi. La nuit a été également chaude, avec des températures minimales parfois supérieures à 20 °C. Aujourd'hui, les températures se situent fréquemment entre 25 et 35 °C, la chaleur étant plus modérée dans l'est. Des nuages voilent par endroits le ciel en altitude.

 

An omalie de température à 2 m. Source : Tropical Tidbits.


Le transport d'air chaud et humide en basses couches se traduit par des valeurs de point de rosée et de theta-w en hausse par le sud-ouest de la France où les profils verticaux montrent également une elevated mixed layer (EML) évidente avec un LR proche de 7-8 K/km à l'étage moyen. Par conséquent, la masse d'air se déstabilise significativement cet après-midi en régions Occitanie et Aquitaine : MUCAPE entre 1 et 2,5 kJ/kg. Cependant, une forte inhibition convective (CIN) vient s'opposer au déclenchement de la convection.

 

CAPE en fin de journée. Source : Wetterzentrale.


Voici pour illustrer l'EML un profil vertical selon GFS au-dessus de Toulouse à 15 h UTC, avec une CIN importante, ne pouvant être vaincue par aucun forçage mécanique :


Profil vertical à Toulouse (prévisions GFS). Source : Pivotal Weather.


L'EML dans le cas présent se situe entre 850 et 550 hPa : cette couche est caractérisée par un taux de décroissance de la température avec l'altitude correspondant quasiment au gradient adiabatique sec, c'est à dire 9,8 °C/km. Par conséquent, la température potentielle y est aussi à peu près constante, ici 40 °C. Elle résulte de l'advection horizontale du profil vertical présent plus tôt au-dessus du plateau espagnol ou en Afrique du Nord, où la couche limite diurne peut être très profonde. Une couche d'inversion est présente, empêchant la libération de la CAPE, laquelle peut alors s'accumuler : on parle souvent de "couvercle". Si l'inhibition convective finit par être érodée, en présence de forçage, l'énergie potentielle disponible pour la convection peut finalement être libérée pour être convertie en énergie cinétique dans les ascendances convectives, à l'origine d'orages parfois violents.

Quelques infos supplémentaires ici : guide Estofex

Ce soir et la nuit prochaine, le dynamisme atmosphérique est prévu de s'accentuer près des côtes atlantiques avec la progression de l'anomalie cyclonique d'altitude. Une dépression de surface d'échelle méso est prévue de se creuser et un axe de convergence du vent en basses couches se constituera à distance d'un front froid, permettant à priori le développement d'une convection profonde et orageuse nocturne.

L'instabilité serait conjuguée à un cisaillement vertical de vent modéré pouvant favoriser l'organisation de la convection. Ces orages pourront produire des pluies intenses, localement de la grêle et/ou de fortes rafales de vent. Il n'est pas possible de prévoir précisément là où des orages se manifesteront. Dans sa sortie 6 Z pour exemple, AROME modélise la formation d'un système convectif après 22 h UTC générant des vents entre 60 et 90 km/h par rafales en cours de nuit sur les départements de la Charente-Maritime et des Deux-Sèvres, une partie de la région Pays de la Loire et en Ile et Vilaine. Mercredi, l'activité orageuse devrait s'étendre à une plus large partie de la France.

 

Pluie en 1h le 8/09/21 à 00 UTC selon AROME. Source : Wetterzentrale.


Les cartes du vent à 500 ou 300 hPa indiquent enfin une déformation du champ de vent. Sur la carte ci-dessous par exemple, les parcelles d'air sont étirées selon un axe de dilatation approximativement orienté nord-ouest/sud-est entre l'Angleterre et la Méditerranée, et subissent une contraction suivant un axe perpendiculaire traversant la France. En fait, cette déformation en haute troposphère, assez caractéristique des situations de col barométrique, n'a pas de réelle incidence sur la météo, si ce n'est qu'elle contribue à étirer un peu les bandes nuageuses dans le secteur chaud.

 

Lignes de courant à 300 hPa d'après ARPEGE et axes de contraction/dilatation en noir. Source : Wetterzentrale.



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