Cyclone Larry

L'image suivante montre l'ouragan Larry vu par satellite vendredi après-midi, quelques heures avant qu'il ne touche Terre-Neuve avec une intensité de catégorie 1. Une rafale de 145 km/h a été relevée à l'aéroport de St. John's. En remontant vers le nord, au-dessus d'eaux plus fraîches et dans un environnement plus cisaillé en profondeur, Larry perd graduellement ses propriétés tropicales et interagit avec la circulation des moyennes latitudes. On ne distinguait déjà plus clairement à ce stade l'oeil du cyclone de la masse nuageuse.

 

 

 L'ouragan Larry vu du ciel. Source : Tropical Tidbits.

 

On peut voir ci-dessous une carte du champ de pression réduite au niveau de la mer (MSLP) et des vents à 10 m selon l'analyse GFS du 11/09 à 00 Z, avec un zoom sur Larry alors situé au voisinage de Terre-Neuve. Les vents atteignent des vitesses proches de 80 kt à distance du centre, à l'est du système, soit environ 150 km/h. Pourquoi les vents sont-ils particulièrement forts dans cette zone ? La vitesse du vent est en fait la résultante de la vitesse de déplacement du cyclone (ici en direction du nord-nord-est) et de la vitesse relative du vent dû au gradient de pression (inversement proportionnel à la distance entre deux isobares). Plus les isobares sont rapprochées, plus le vent est fort. Dans la partie est du cyclone, la vitesse de déplacement du système vers le nord vient de plus s'ajouter au vent relatif. A l'ouest en revanche, elle s'y oppose.

 

 
MSLP et vent à 10 m, analyse GFS du 11/09/21 à 00 Z.
Source : Tropical Tidbits.

 

Notez par ailleurs la pression minimale de 967 hPa indiquée (cliquer sur l'image pour agrandir). En réalité, la pression au centre fût même inférieure de quelques hPa : GFS étant un modèle hydrostatique avec une maille relativement large, des modèles avec une résolution plus fine comme HWRF parviennent à mieux représenter les cyclones.

La présence d'un coeur chaud est l'une des caractéristiques d'un cyclone d'origine tropicale. Une coupe verticale à travers Larry à la même heure montre effectivement une anomalie chaude d'amplitude maximale en son centre, d'après le champ de température potentielle équivalente ou theta-e (figure suivante, contours de couleur cyan). Si vous n'êtes pas familier avec la theta-e, retenez que ce paramètre rend compte de la température de l'air et de son humidité, en s'affranchissant des effets liés à la diminution de pression avec l'altitude : il permet de comparer des parcelles d'air situées à des niveaux différents. Sur la même figure sont représentées l'humidité relative de l'air et la vitesse verticale. Remarquez la zone de mouvements ascendants à distance du centre, dans une zone qui constitue le mur de l'oeil. Lorsque l'air chaud et humide s'élève, il se refroidit et se condense, formant ainsi des nuages et des précipitations. Les ascendances sont compensées par des subsidences. Les régions d'humidité relative > 95 % (vert foncé) traduisent bien la présence d'air nuageux ou très proche de la saturation. Au niveau de l'oeil, en altitude, l'air est plus sec.

 


 Coupe verticale traversant Larry ; theta-e, vent et humidité relative.
Analyse GFS du 11/09/21 à 00 Z. Source : Tropical Tidbits.


La prochaine figure, montre le champ de vent en coupe (plages colorées). Ce dernier est maximal en basses couches, vers 850 hPa (~ 1,5 km), atteignant dans le cas présent 120 kt, soit un peu plus de 220 km/h. D'après l'équilibre du vent thermique, applicable dans ce contexte particulier, le cisaillement vertical de vent (i.e. sa variation avec l'altitude) dépend du gradient horizontal de température : le vent de secteur sud laissant ici dans la troposphère les valeurs élevées de température sur sa gauche (anomalie chaude associée au cyclone), il diminue donc avec l'altitude. A un niveau donné, l'intensité du vent croit rapidement du centre vers l'extérieur, jusqu'au mur légèrement incliné. Notez par ailleurs que la zone de vents les plus forts coïncide à peu près avec la zone d'ascendance précédemment montrée.


 
Coupe verticale traversant Larry ; theta, tourbillon potentiel et vent.
Analyse GFS du 11/09/21 à 00 Z. Source : Tropical Tidbits.

 

On devrait retrouver Larry lundi/mardi entre le Groenland et l'Islande, sous la forme d'une dépression "classique" mais assez creuse. Dans le même temps, l'Espagne et la France seraient sous l'influence grandissante d'une goutte froide et d'un talweg.

 

Situation synoptique prévue lundi 13/09/21. Sources : Météociel, NCEP.

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